Skip to main content

Le 6 septembre , Sr Marie Aimée a donné aux Disciples Missionnaires du Coeur Eucharistique réunis en journée fraternelle un enseignement sur les plaies du Christ et les sept paroles du Christ en croix .

Durant le récent jubilé des jeunes à Rome était présenté aux pèlerins un trésor : au
printemps 1944, des jeunes français qui participaient au STO (service du travail
obligatoire) en Allemagne furent arrêtés pour avoir tenté d’apporter un soutien
spirituel à leurs compagnons d’infortune, une action strictement interdite par la
Gestapo à partir de décembre 1943. Parmi ce groupe de jeunes se trouvait Marcel
Callo qui fut emprisonné avec 11 autres camarades. Ils n’avaient aucun objet de
culte, aucun crucifix, mais en août 1944, un membre de ce groupe, Camille Millet,
parvint, durant ses travaux forcés chez un maraicher, à cueillir discrètement une
poignée de fleurs immortelles, qui ne se fanent pas. Il composa avec elles une croix
devant laquelle les jeunes purent prier en cachette. Huit d’entre eux allèrent mourir
dans les camps et l’un du groupe transmis cette croix à un prisonnier qui la ramena
en France après la guerre, dans le diocèse de Rennes. Il s’agit de la seule relique
témoignant de leur tragique aventure spirituelle, les corps n’ayant pu être retrouvés.

Monseigneur Thuan, treize ans prisonniers des communistes de 1975 à 1988 au Vietnam. Dans des conditions extrêmes, il réussit avec quelques gouttes de vin et un peu de pain à célébrer l’eucharistie la nuit. Il témoigne : « chaque fois que j’offre la messe, j’ai l’occasion d’étendre les mains et de me clouer sur la croix avec Jésus, de boire avec lui le calice amer. Chaque jour en récitant ou en entendant les paroles de la consécration, je confirme de tout mon cœur et de toute mon âme un nouveau pacte, un pacte éternel entre Jésus et moi, par son sang mêlé au mien. (1 Co 11,23-
25) Jésus sur la croix a commencé une révolution. Votre révolution doit partir de la table eucharistique et de là se propager. C’est ainsi que vous pourrez renouveler l’humanité. (…) Regardez Jésus crucifié sur la croix. Aux yeux des hommes, la vie de Jésus est un échec, elle n’a servi à rien, c’est une vie frustrée, mais aux yeux de Dieu, Jésus a accompli sur la croix l’action la plus importante, parce qu’il a versé son sang pour sauver le monde. (…) Jésus a tout donné. Il faut se donner tout entier comme un pain, pour être mangé pour la vie du monde (Jn 6,51)

Ces deux récits nous montrent combien en ces situations extrêmes, il ne reste que la Croix, le don de Jésus en Croix pour aider à tenir, à traverser l’horreur et le non-sens.
La petite croix en fleurs immortelles nous crie que l’amour vaincra, que la croix a vaincu le mal et le péché. Monseigneur Van Thuan avait lui-aussi réalisé une toute petite croix en fines lamelles de bois qu’il avait enchâssée plus tard dans sa croix pectorale que j’ai eu la joie d’embrasser lors de sa venue à Montligeon. Ces témoins
héroïques nous rappellent l’urgence de regarder la croix, et d’aimer le crucifié. Parole de saint Bernard : « Seigneur Jésus-Christ, ceux qui portent ta croix portent ta Gloire. »

Dans notre société opulente et tournée vers les idoles, la croix a disparu : des écoles, des maisons, et son sens s’est évanoui. Pourtant, Jésus Ressuscité garde ses plaies bien visibles, pour nous affirmer que, même dans la Gloire, leur témoignage restera sous nos yeux, indélébile, pour l’éternité.

Contempler la croix et les plaies du Christ ne sont pas des attitudes maladives, mais des actes de foi et d’amour. Sur la croix, Jésus a prononcé sept paroles. Celle que nous transmet l’évangile selon saint Jean (Jn 19,25-27) : Fils, voici ta mère, est une clé importante qui nous est donnée. C’est en effet par Marie et grâce à sa présence maternelle que nous pourrons, comme saint Jean, nous approcher de la croix et contempler le crucifié. En communauté, nous prononçons cette parole, en regardant les plaies de Jésus et en disant un je vous salue Marie.
Avec Marie nous ne sommes plus jamais seul : en effet, Marie nous relie à la croix et aussi à la prière de tous les chrétiens : « je vous salue Marie pleine de grâce » :
l’archange Gabriel qui l’a dit avant nous et nous sommes uni ainsi à tous les anges. Jésus le fruit de tes entrailles est béni : parole d’Elisabeth, de tous ceux qui nous ont précédé et sont témoins du Christ. Sainte Marie : nous évoquons avec elle tous les saints ; priez pour nous ; c’est avec elle, elle dont la foi est baignée de force de
lumière, elle dont l’amour est ardent, elle dont l’espérance est infaillible. Donc, la croix, signe des chrétiens est aussi signe de l’Eglise, signe de la présence mariale, d’une communion intangible même si nous sommes seuls, quelque part dans une prison !

La contemplation du crucifix et des saintes plaies n’a jamais cessé dans l’Eglise. En Occident, le Christ en croix était représenté glorieux pendant le Moyen Âge, douloureux et en agonie dès la fin du XII°siècle. Cependant, on note de belles expressions de cet amour au Moyen Âge : particulièrement la dévotion franciscaine
aux plaies du Christ. L’image que saint François a pu voir dans les églises ombriennes de son temps, comme saint Damien par exemple, est une croix de bois peinte, aux dimensions monumentales, sur laquelle un Christ hiératique triomphe de la mort. La particularité du Christ en croix c’est qu’il ne nécessite aucun savoir véritable de la part du spectateur. Il se livre au regard sans code, d’un coup, comme si l’image se suffit à elle-même. De fait, nous avons à nous laisser interpeller par l’image du Christ en croix, à la regarder longuement posément, pas d’un simple coup d’œil d’habitude ou de routine.
Les plaies du Christ ou saintes plaies sont les cinq plaies des deux   et des deux pieds et sa plaie au flanc droit faite par le centurion. Cependant il est également possible de compter les deux plaies liées à chacune des mains, une seule plaie pour les deux pieds superposés, la plaie de la sainte Face couronnée d’épines et celle du Cœur. Sainte Claire d’Assise (1193-1253) exprima une belle prière aux saintes plaies ; en voici un extrait : « louange et gloire à toi, très doux Seigneur Jésus-Christ, pour la très sainte plaie de ta main gauche. Par cette plaie sacrée aie pitié de moi ; tout ce qui te déplaît en moi, daigne le transformer ; donne-moi de vaincre tes ennemis ; que, par ta force, je puisse les terrasser. Par ta très douce mort, délivre- moi de tous les dangers de la vie présente et de la vie future, et rends-moi digne de la Gloire de ton Royaume. Amen. »

Cette prière s’inscrit dans la tonalité de la louange et de la gratitude : « louange à toi pour ta sainte plaie ! » Cette plaie est contemplée comme source de bienfaits ou encore comme monnaie d’échange : « par cette sainte plaie, daigne me transformer, donne-moi de vaincre ! » Le regard du priant est habité d’une attente : la plaie n’est pas une simple cicatrice : Jésus dit à Thomas, « avance ton doigt, avance ta main, mets la dans mon côté ! » Jn 20,28. C’est donc une ouverture, quelque chose de vivant qui se palpe. La plaie est à la fois douloureuse et glorieuse puisque le Ressuscité se présente avec. Elle est donc reconnue comme porteuse de vie, de force, de lumière.

Un grand chantre de l’amour envers les saintes plaies, saint Bernard s’exclame : « comment serait-il venu les mains vides, lui en qui réside la plénitude de la divinité. Il venait oindre nos blessures et adoucir nos souffrances. Citant Isaïe 53,3-5 : « c’étaient nos souffrances qu’il supportait…Et c’est grâce à ses blessures que nous sommes guéris. » « O homme reconnais-là combien sont graves tes blessures puisqu’il n’y a que celles de notre Seigneur Jésus-Christ qui puisse les guérir. (..) Où donc notre fragilité peut-elle trouver repos et sécurité, sinon dans les plaies du Sauveur ? » Et saint Bernard encore contemplant le Cœur de Jésus : « ô divin Jésus, votre côté n’a été percé que pour nous ouvrir l’entrée de votre Cœur et ce Cœur lui- même n’a été ouvert qu’afin que nous puissions habiter en lui dans une parfaite liberté, exempts de tout ce qui peut troubler notre repos. Ce Cœur adorable a été blessé afin que par cette plaie visible nous connaissions la plaie invisible que l’amour y a faite…Qui pourra ne pas être sensible à son amour ? »
Ainsi, les saints dans leur prière vont s’adresser directement parfois à la plaie contemplée, conscient qu’elle reflète tout l’amour du crucifié : ainsi saint Bernard : « Tête ensanglantée couronnée d’épines, ne me dédaignez pas, moi qui ne suis qu’un pécheur. » La plupart des prières ou invocations envers les saintes plaies
expriment la gratitude, l’imploration confiante et audacieuse, l’appel à la compassion de Dieu envers nous et à l’exaucement de nos prières. Le priant croit et affirme que ces plaies sont un rappel constant de l’amour inconditionnel du Christ et de sa capacité à transformer la douleur en espérance.

Cette dévotion envers les saintes plaies est approuvée dans l’Eglise au concile de Lavaur en 1368 avec la récitation de cinq pater. Des confréries des cinq plaies se développent dans toute l’Europe. Une messe en l’honneur des saintes plaies, une fête et les passionistes vont étendre dès la fin du 18°siècle le chapelet des cinq plaies, approuvé par le pape Pie VII en 1822. Rappelons également que lors de chaque vigile pascale, les plaies de Jésus sont symbolisées par des grains d’encens incrustés dans le cierge pascal par le célébrant qui prononce ces paroles : « par ses saintes plaies, ses plaies glorieuses et bénies que le Christ Seigneur nous garde et nous protège. »

Saint Paul de la Croix, passioniste au 18°siècle, en parle souvent : « la méditation de Jésus crucifié, dit-il, est un baume précieux qui adoucit toutes les peines. » « Je vous place dans les plaies sacrées de Jésus-Christ, sous la protection de la Mère des douleurs ; oui, c’est là que je vous place. » Cette dernière citation nous montre combien les plaies qui sont peut-être de taille moyenne sur le corps du Christ, vont s’agrandir démesurément, selon notre foi, pour servir de refuge, de cachette face à l’ennemi. C’est pourquoi Saint Paul de la Croix dira « je vous place dans ses plaies. » Et nous pouvons faire de même envers ceux que nous aimons.

(à suivre : la contemplation des plaies de Jésus à l’école de Sr Marie Marthe Chambon , visitandine de Chambéry , 17ème siècle)