Ils sont si nombreux autour de nous, éprouvés par les difficultés de la vie, visages à nos côtés du Christ souffrant. En ce temps de carême, Sr Cécile nous partage son témoignage concernant la compassion auprès de ceux et celles qu’elle rencontre …
« Je rencontre régulièrement des personnes qui sont en situation de pauvreté très concrète : situations familiales et conjugales dramatiques, personnes vivant des accumulations de problèmes au plan psychologique, financiers ou de santé… Rencontrer ces personnes est indissociable de ma vie eucharistique : le pauvre est pour moi sacrement du Christ. Mère Teresa parlait de “ toucher le Christ sous le déguisement misérable du pauvre.” Très concrètement, je me retrouve à leurs côtés comme Simon de
Cyrène auprès de Jésus pendant le chemin de croix, souvent dans un sentiment d’impuissance, sans mot, mais là, comme une soeur de coeur.
“ Les pauvres ! ” J’ai de plus en plus de mal avec cet adjectif comme s’il y avait d’un côté “ les pauvres ” et nous de l’autre. Non ! car en écoutant leurs histoires et confidences, je me découvre moi aussi très pauvre et je vois au fur et à mesure briller en eux les pépites d’une richesse insoupçonnée. Ce sont des frères, des soeurs traversant l’épreuve de la pauvreté mais qui m’apportent infiniment plus qu’ils ne peuvent l’imaginer. Il ne suffit pas de grand-chose pour que tous nous basculions un jour dans cet état de pauvreté. Invitation à être là tout simplement dans une amitié. L’amitié est faite de réciprocité ; chaque être humain a besoin de donner, c’est sa dignité. Et elle est énorme cette dignité de pouvoir donner. Offrant une aide concrète financière ou matérielle, j’ai dû apprendre aussi à recevoir de leur indigence. Je pense à ce couple de retraités que nous avons accompagné jusqu’au mariage. Chaque fois que nous les aidions pour leur fin de mois difficile, je les retrouvais quelques jours plus tard à la porte du prieuré un petit bouquet de fleurs en main pour notre chapelle. D’autres me partagent leur soif et leur richesse spirituelles et cela me touche énormément. Je pense à cette femme rayonnante de foi au coeur de la tourmente d’une terrible épreuve. Je reçois d’elle de grandes
leçons d’espérance et de persévérance. Cette femme chrétienne a ancré sa foi sur la Parole de Dieu. Elle glisse ses factures impayées ou ses courriers administratifs à l’intérieur de sa Bible, faisant confiance à Dieu lorsqu’elle ne peut plus rien faire d’elle-même. Parfois je reçois un message criant de détresse et le lendemain,
elle a rebondi dans l’espérance grâce à la parole de la Bible, jusqu’à me dire avec force : “ si je devais garder une seule parole de la Bible, je crois que ce serait celle-ci : » les compassions du Seigneur ne sont pas épuisées, le Seigneur renouvelle ses merveilles chaque matin ! ” Connaissant son contexte de vie, je me sens toute petite. Elle me booste littéralement !
Je pense également aux personnes âgées que je vais rejoindre à l’Ehpad en particulier dans l’espace fermé Alzheimer. Chaque semaine, la messe y est célébrée dans la pièce la plus reculée du sous-sol. Eucharistie dans les catacombes ! Jésus prend la dernière place. Je pense alors à la parole de Mère Teresa : “ viens, viens, porte-moi jusque dans les trous des pauvres. Viens, sois ma lumière.” Cette parole m’habite chaque fois que j’y vais. Aller à la rencontre des personnes que nous aurons à première vue du mal à rejoindre en raison de la dégradation de leurs capacités intellectuelles. Mais c’est là que Jésus descend, là où il vient se cacher,dans le dernier coin du sous-sol pour venir toucher ces personnes si fragiles, pour leur apporter sa lumière. Et cette lumière se cueille dans un sourire qui affleure, dans une intensité de regard chez ces personnes en souffrance. Sourire radieux
inoubliable de Marie-Ange (décédée récemment) recroquevillée et endormie qui soudain s’illumine en croisant du regard Jésus Eucharistie. Merci Marie-Ange. »